06.09.2018 Des applications contre les problèmes et les troubles psychiques

Philippe, étudiant de 25 ans, est dans le train pour se rendre à l’université et regarde son smartphone. Il en profite pour relire ce qu’il a écrit la veille au soir sur son ordinateur portable dans un programme d’auto-traitement pour les angoisses sociales. « Demain, je prendrais au moins deux fois la parole durant le séminaire », a-t-il prévu. Il s’est également noté : « Ne formule pas tes phrases à l’avance, prends juste la parole et regarde les autres étudiants et l’enseignante dans les yeux. »

Photos Des applications contre les problèmes et les troubles psychiques

TODO CHRISTIAN

Les interventions en ligne ne sont pas liées à des contraintes de lieu et de temps.

Les interventions en ligne ont déjà fait leurs preuves

L’utilisation des nouvelles technologies pour les thérapies psychosociales (santé psychique en ligne, e-mental health) fait l’objet d’une recherche intense depuis plus de quinze ans. Ceux qui, comme Philippe, souffrent de phobie sociale, à savoir la peur intense de se sentir embarrassé, évitent souvent les situations sociales ou ne s’y confrontent qu’au prix de grands efforts. Grâce à une intervention en ligne, ces personnes peuvent tirer parti d’un encadrement éprouvé. Il existe quelque 40 études d’efficacité rien que pour les angoisses sociales. Et la phobie sociale n’est pas un cas isolé : on compte de nombreuses preuves de l’efficacité de ce type d’intervention pour d’autres troubles fréquents tels que la dépression, les troubles du sommeil, les crises de panique et les troubles de stress post-traumatique. Dans certains pays comme la Suède, les Pays-Bas ou l’Australie, les frais de traitement sont déjà pris en charge par des caisses-maladie ou des institutions étatiques en raison des résultats de la recherche. Ces pays ont reconnu que les troubles et les problèmes psychiques posent un problème de société de par leur fréquence et engendrent des coûts élevés. C’est pourquoi, outre la psychothérapie, ils promeuvent intensivement d’autres offres efficaces (également en termes de coûts) comme des interventions en ligne.

L'utilisation des nouvelles technologies pour les thérapies psychosociales fait l'objet d'une recherche intense depuis plus de quinze ans.

Ces dernières semaines, à l’aide d’une application, Philippe a appris les éléments auxquels il doit prêter attention lorsqu’il se trouve dans une situation sociale. Du coup, il s’est entraîné à la maison, par exemple en parlant librement devant un public virtuel sur son ordinateur portable. Devant l’écran, tout s’est bien passé, mais maintenant qu’il doit passer à l’acte, il se sent très nerveux. Il relit les mots d’encouragement qu’une psychologue lui a écrit dans l’environnement protégé du programme.

De nombreux avantages, mais aussi des risques

En raison de ses angoisses, Philippe n’aurait pas encore été capable de suivre une psychothérapie. Il était trop gêné de parler de ses problèmes à quelqu’un. Par contre, en ligne, cette inhibition était moins forte. En outre, l’anonymat qu’offre cette approche lui permet d’aborder ses problèmes de manière plus ouverte : pour les psychologues, il s’agit de l’effet de désinhibition de la communication en ligne. Autre avantage majeur : les interventions en ligne ne sont pas liées à des contraintes de lieu et de temps. Elles permettent d’atteindre des personnes en milieu rural qui ne trouvent aucun thérapeute sur place, des travailleurs pour lesquels il est difficile de convenir d’un rendez- vous et des personnes qui devraient attendre longtemps avant d’obtenir une consultation. Ainsi, les interventions en ligne, faciles à utiliser et à populariser, peuvent compléter l’offre en place et contribuer à réduire la fréquence des problèmes et des troubles psychiques.
Cependant, la diffusion aisée de ces programmes basés sur Internet n’est pas sans inconvénients : en effet, on trouve également des offres peu sérieuses, dont le professionnalisme laisse à désirer. La protection des données et le suivi des personnes qui traversent une crise aiguë présentent d’autres défis. Pour cette raison, l’année dernière, la Fédération suisse des psychologues (FSP) a défini, en collaboration avec la Fédération des médecins psychiatres-psychothérapeutes (FMPP), des standards de qualité suisses.(1)

Ainsi, les interventions en ligne, faciles à utiliser et à populariser, peuvent compléter l'offre en place et contribuer à réduire la fréquence des problèmes et des troubles psychiques.

Le contact avec des professionnels est-il nécessaire ?

Philippe progresse par étapes à travers divers modules d’un programme d’autotraitement, tout en étant soutenu par une psychologue. Cette forme de traitement se nomme autotraitement guidé. Philippe n’a jamais vu sa psychologue. Une fois par semaine, il reçoit un feedback par écrit, où elle commente ce qu’il a saisi dans le programme d’autotraitement, l’encourage, répond à ses questions et lui explique brièvement les prochaines tâches qui l’attendent. Ce contact, même s’il n’est que par écrit, est important. Les programmes et les applications ne déploient pas les mêmes effets en l’absence de contact. Sans ce soutien, de nombreux patients ont du mal à persister. En effet, ces prestations numériques permettent d’atteindre de nombreuses personnes à moindre frais, mais beaucoup abandonnent l’intervention prématurément.

Nouvelle tendance : les formats combinés

Ces derniers temps, la recherche porte de plus en plus sur les blended treatments, à savoir un mélange de thérapie en salle de consultation, de programme d’autotraitement en ligne et d’applications. Les interventions en ligne servent à préparer ou approfondir les contenus entre les séances et à encourager le transfert au quotidien de nouveaux comportements et manières de penser. Des études de l’Université de Berne ont révélé que les formats combinés sont plus efficaces que les formats de traitement conventionnels, tant pour le traitement psychothérapeutique de dépressions que pour le traitement de troubles de l’anxiété par le médecin généraliste. Ces formats combinés montrent que les interventions en ligne et les applications ne peuvent pas remplacer les approches conventionnelles en matière de prévention et de traitement, mais les complètent judicieusement.

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Contact

Thomas Berger, Université de Berne,
thomas.berger@ptp.unibe.ch

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