11.09.2015 La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

Interview de Jo Locker. Invitée en tant qu’intervenante à la 4e Plateforme des partenaires pour la prévention du tabagisme, Jo Locker, responsable du programme tabac chez «Public Health England», a présenté le travail de son organisation. Nous nous sommes entretenus avec elle sur les objectifs ambitieux ainsi que sur les alliances et stratégies en faveur d’une prévention fructueuse, grâce auxquels Public Health England souhaite réaliser sa vision d’une génération sans tabac.

Jo Locker.

Photos La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

TODO CHRISTIAN

Jo Locker.

Photos La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

TODO CHRISTIAN

Photos La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

TODO CHRISTIAN

Photos La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

TODO CHRISTIAN

Photos La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

TODO CHRISTIAN

Photos La collaboration ainsi que des mesures globales sont la clé du succès dans le domaine de la prévention du tabagisme.

TODO CHRISTIAN
Photos

  spectra: La vision de Public Health England est une génération sans tabac. Voulez-vous dire par là un taux de fumeurs de 0%?

Jo Locker: Notre objectif est d’abaisser le taux de fumeurs à 5% parmi les jeunes de 15 ans d’ici à 2025, qu’ils soient fumeurs réguliers ou occasionnels. Actuellement, environ 13% de ce groupe d’âge fument régulièrement ou occasionnellement. Nous avons donc encore beaucoup de travail. Mais nous sommes convaincus de la grande importance de ce travail. Nous voulons avant tout éviter que les jeunes fumeurs occasionnels deviennent des fumeurs réguliers.  

Vous avez réussi à abaisser nettement le taux de fumeurs dans votre pays. Quelle part de cette réussite est à attribuer à la prévention structurelle et laquelle à la prévention comportementale?

Je ne peux pas vous donner de pourcentage précis. Les deux approches constituent une part indispensable de notre stratégie globale. Nous avons besoin de réglementations pour limiter le tabagisme et certaines choses comme la publicité pour le tabac et la disponibilité des cigarettes. Mais nous devons aussi informer et organiser des campagnes et des interventions pour inciter les gens à arrêter de fumer. Ces derniers doivent connaître la nocivité du tabac et ils doivent aussi savoir où ils peuvent se faire aider lorsqu’ils souhaitent arrêter de fumer. Les deux approches sont nécessaires.  

 Quelle a été ces dernières années la plus grande évolution dans la prévention du tabagisme en Grande-Bretagne?

Ces dix à quinze dernières années, nous avons mis en œuvre une stratégie globale de prévention du tabagisme. Afin d’aider les gens à arrêter de fumer, il faut une communication efficace, des interdictions de fumer, des restrictions publicitaires et des mesures concernant l’offre et la demande de produits à base de tabac. L’ensemble du système dispose d’un fort leadership et de voix puissantes. Parmi celles-ci le gouvernement et les ONG, mais aussi les services de santé. De plus, tout ce que nous faisons est basé sur des preuves. En bref: nous travaillons selon une approche globale et bénéficions d’un leadership puissant ainsi que d’une base solide de preuves.

  Pensez-vous à des personnes en particulier lorsque vous parlez de voix fortes?

Je pense principalement aux organisations. J’ai parlé tout à l’heure du principe «Un message, de nombreuses voix». Cela signifie que diverses organisations peuvent véhiculer un seul et même message auprès de différentes assistances en le présentant de telle façon qu’il soit particulièrement bien accueilli par le groupe cible en question, que ce soit par exemple le gouvernement, la population ou les spécialistes du monde médical. Bien que des personnes et organisations différentes aient des perceptions différentes d’un même thème, elles peuvent tout de même véhiculer le même message.

 Quel est le rôle de Public Health England?

Public Health England a été créée en 2013. Nous faisons partie du ministère de la Santé et fournissons à ce dernier des expertises et informations sur les thèmes de santé publique. Alors que le ministère de la Santé a un rôle plutôt régulateur, nous nous concentrons sur la mise en œuvre, la collecte et la présentation de preuves dans le domaine de la santé publique. Depuis que notre organisation existe, les thèmes relevant de la santé publique ont fortement gagné en importance et en notoriété. Un facteur central en est la communication avec les acteurs déterminants et avec le public.

 Qui a coordonné cette collaboration?

La «Smoke Free Action Coalition», qui s’était déjà fortement impliquée en faveur de l’interdiction de fumer en 2007, a certainement joué un rôle central. Elle était placée sous la direction de grandes ONG telles que «Action against Smoking and Health» (ASH), «Cancer Research UK» et la «British Heart Foundation». Elles ont constitué l’organisation faîtière pour toutes les ONG, avec pour objectif d’obtenir ensemble une plus grande attention et de parvenir à une meilleure cohérence. Il n’y avait donc plus, subitement, une ONG pour les maladies cardiovasculaires, une pour les affections respiratoires et une autre pour le cancer, mais elles se sont toutes regroupées pour avoir une plus grande influence. Les organisations peuvent devenir très puissantes si elles construisent de bonnes relations entre elles, avec les politiciens et d’autres communautés. Il existe par exemple un groupe parlementaire commun à tous les partis qui se concentre sur les thèmes relatifs au tabac et à la santé. Le conseil et les preuves leur sont apportés par des organisations telles que l’ASH, le Cancer Research UK ou des universitaires et des organes de contrôle. Il s’agit là d’un bon moyen pour introduire les preuves dans le débat parlementaire. Il existe par ailleurs une organisation appelée «UK Centre for Tobacco Control Studies», au sein de laquelle les universitaires échangent entre eux et coordonnent leurs activités de recherche. Ils aboutissent ainsi à de meilleurs projets et obtiennent plus d’argent, et ils peuvent aussi partager les résultats de leurs recherches avec une plus grande communauté de chercheurs.

 Un exemple à suivre?

Oui, tout à fait. Tout ce que nous avons réalisé est le fruit de mesures collectives, communautaires et globales.

 Comment le public réagit-il aux mesures de prévention du tabagisme?

Des enquêtes menées chaque année révèlent que la population approuve fortement les mesures de prévention du tabagisme. Plus de 80% des personnes interrogées pensent que l’Etat devrait intervenir davantage dans ce domaine pour éviter que les enfants ne commencent à fumer. 70% pensent que l’Etat s’engage juste suffisamment ou trop peu pour baisser le taux de fumeurs dans la population. Il est utile de comprendre ce que pense le public et il est aussi très utile de savoir qu’il s’exprime aussi clairement en faveur des mesures de prévention du tabagisme et qu’il en souhaite même davantage. Pour les politiciens aussi, il est important d’avoir conscience de cette position de la population et de l’électorat potentiel. Si l’on connaît la position du public par rapport à ces thèmes, on peut mieux évaluer s’il va accepter les nouvelles mesures et comment.

 Le taux de fumeurs en Angleterre est passé de 27% en 2000 à 18,4% en 2014. Quel taux visez-vous?

Le plan actuel de prévention du tabagisme pour l’Angleterre se termine à la fin de cette année. L’objectif de ce plan est d’abaisser le taux de fumeurs général à 18,5% maximum, celui des femmes enceintes à 11% maximum et celui des jeunes de 15 ans à 12% maximum. Il semble que nous puissions atteindre tous ces objectifs d’ici à fin 2015. Le ministre de la Santé a récemment annoncé qu’il y aurait un nouveau plan de prévention du tabagisme pour l’Angleterre à partir de 2016. Nous attendons sa publication.

 La dernière loi anglaise dans le domaine de la prévention du tabagisme est le «Children and Families Act», autrement dit la loi en faveur des enfants et de la famille. Quel est son but principal?

Cette loi contient toute une série de mesures de prévention du tabagisme. L’une des plus importantes est l’interdiction de fumer dans des voitures transportant des enfants et des jeunes de moins de 18 ans. La loi entre en vigueur le 1er octobre de cette année.

 Comment le public a-t-il réagi à cette loi?

Cette loi a été, elle aussi, accueillie de façon très positive. De récentes enquêtes révèlent que 80% de la population environ sont favorables à une interdiction de fumer dans des voitures transportant des enfants. Il existe de manière générale très peu d’opposition à ces mesures, destinées à protéger les enfants et les jeunes.

 L’étape suivante sera-t-elle l’interdiction de fumer dans les habitations privées dans lesquelles vivent des enfants?

Une telle mesure n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant. La nouvelle loi ne concerne que le tabac en voiture, car nous savons que fumer dans des habitacles aussi exigus dégage une très forte teneur de produits toxiques dans l’air. Mais nous savons aussi que le nombre d’enfants exposés aux fumeurs à leur domicile régresse depuis 2007 déjà. Car depuis l’interdiction de fumer dans les locaux de travail et publics fermés, le nombre de fumeurs à domicile a, lui aussi, diminué. Au début, on redoutait que les gens fument davantage chez eux s’ils ne pouvaient plus le faire dans les bars et les restaurants. Mais les recherches ont montré que ce n’est pas du tout le cas. Tout cela est dû à la sensibilisation et à la communication d’informations.

 En 2007, l’âge légal pour acheter des produits à base de tabac a été relevé de 16 à 18 ans. Comment les jeunes de 15 ans se procurent-ils des cigarettes?

Ils les reçoivent malheureusement de leurs amis, de leurs frères et sœurs plus âgés ou encore de leurs parents. Autre problème à ce niveau: les cigarettes de contrebande ou falsifiées, qui sont vendues aux jeunes par des criminels. Un des objectifs essentiels du programme de prévention du tabagisme est donc aussi de lutter contre l’offre de produits illégaux et contre la disponibilité de ces derniers.

 Comment la prévention du tabagisme a-t-elle évolué ces dernières années?

Notre objectif principal n’a pas changé. Le tabac est à l’origine de décès que l’on pourrait éviter en Grande-Bretagne, c’est pourquoi l’objectif est toujours de réduire la prévalence du tabagisme. Nous essayons d’atteindre cet objectif grâce à une stratégie globale.

 Que peut-on atteindre avec des réglementations?

Elles constituent une part importante de la stratégie et nous devrions tirer le meilleur parti des dispositions existantes. L’interdiction de publicité est en vigueur depuis 2002, par exemple. Il y aura donc bientôt une génération de jeunes gens qui n’ont encore jamais vu une publicité pour le tabac à la télévision ou sur une affiche et qui n’ont encore jamais suivi une manifestation sportive sponsorisée par un producteur de tabac. Nous voyons donc arriver toute une génération qui n’a jamais été exposée à ces images publicitaires. Il est très important de poursuivre cette tendance. L’introduction de paquets neutres uniformisés en 2016 contribuera à ce que les générations futures soit protégées à l’avenir aussi de la publicité et des promotions du tabac. Nous savons en outre que la prévalence du tabagisme chez les adultes a une grande influence sur le comportement des jeunes par rapport au tabac. Nous devons donc réduire la prévalence générale pour l’abaisser chez les jeunes.

 Comment la population perçoit-elle les paquets de cigarettes uniformisés?

Des enquêtes actuelles révèlent qu’au moins 60% de la population y sont favorables. L’un des principaux objectifs de la stratégie d’information a été d’expliquer à la population la forte influence sur les jeunes des élégants designs des paquets de cigarettes. En Australie, où les emballages neutres ont été introduits il y a un an, de nombreux fumeurs ont fait savoir que leurs cigarettes n’avaient plus aussi bon goût dans ces emballages. Il semble donc encore y avoir un grand potentiel pour réduire la prévalence du tabagisme et dissuader les générations futures de fumer.

 Comment l’industrie du tabac a-t-elle réagi à l’interdiction de publicité et de sponsoring?

Cette interdiction a fait l’objet de nombreuses procédures judiciaires, mais en vain. Il a été notamment argumenté aussi que l’interdiction de sponsoring pour les producteurs de tabac portait préjudice au sport, comme par exemple la Formule 1 ou le billard. Mais la manne financière a été très vite monopolisée par d’autres entreprises, branches et organisations.

 Si on le traduit, votre message actuel dit que «Fumer tue toujours». Pourquoi le «toujours»?

«Fumer tue toujours» est le titre du dernier rapport de l’ASH qui sort aujourd’hui. «Fumer tue» était le titre du livre blanc du gouvernement en 1998. Dix ans plus tard, l’ASH a publié le document «Beyond smoking kills» (Suite de la campagne «Fumer tue»). L’ASH y montre ce que nous avons déjà atteint et ce que nous allons encore faire. A présent, l’accent est mis sur le fait que fumer tue toujours, que le travail de prévention n’est pas terminé, que le tabac est encore à l’origine, chaque année, de 80 000 décès en Angleterre qui pourraient être évités, et qu’il y a encore des jeunes gens qui commencent à fumer. Nous avons donc encore beaucoup à faire.

 Quel est votre message principal de la campagne médiatique?

Cela dépend du groupe cible. Public Health England lance diverses campagnes réparties sur l’année. Depuis quelques années, une campagne organisée entre janvier et mars se concentre sur les nuisances pour la santé. Nous travaillons chaque année avec un nouveau slogan. Les derniers en date étaient les suivants: «Chaque cigarette te fait pourrir de l’intérieur» ou «Chaque fois que tu fumes une quinzaine de cigarettes, tu génères une mutation qui peut se transformer en cancer». Tous les ans, en octobre, nous lançons les campagnes «Stoptober». Il s’agit d’une manifestation de masse pour arrêter de fumer, qui motive les membres de groupes les plus divers à arrêter de fumer tous ensemble pendant 28 jours et à négocier ainsi le passage vers une vie entièrement sans tabac.

 Vous avez dit qu’une prévention du tabagisme efficace nécessite un puissant leadership. Qui se charge de cela en Grande-Bretagne?

Le gouvernement, Public Health England, les ONG, le service de santé, tous ensemble. Si l’on a pour objectif d’endiguer le tabac et ses conséquences nocives, si l’on veut se faire écouter et apporter les preuves nécessaires, il faut, dans l’ensemble du système, tant aux niveaux nationaux que locaux, des personnes et des organisations dirigeantes fortes.

 Les cigarettes électroniques menacent-elles vos efforts et les succès obtenus jusqu’à présent?

Plus de 2,5 millions de personnes en Grande-Bretagne fument des cigarettes électroniques. Des résultats d’études actuelles révèlent que les cigarettes électroniques sont moins nocives d’environ 95% que les cigarettes normales. Nous ne prétendons pas que les cigarettes électroniques sont absolument sans danger, mais elles font quand même beaucoup moins de dégâts. Les gens les utilisent pour tenter d’arrêter de fumer ou pour réduire les dangers du tabac. Il est rare qu’un non-fumeur commence à fumer des cigarettes électroniques. Ces dernières constituent donc actuellement plutôt un élément de solution qu’une partie du problème. Mais le thème des cigarettes électroniques prend rapidement de l’ampleur. Nous devons être vigilants et continuer à observer ce qui se passe, qui fume ces cigarettes et quels sont les messages qui les entourent.

Links

Contact

Simone Buchmann, responsable communication de la section Tabac, simone.buchmann@bag.admin.ch

Nach oben