04.09.2017 Les bases de la nouvelle Stratégie nationale Addictions sont posées

Politique des addictions. De tout temps, les hommes ont consommé des substances psychoactives, et ce que la société considère comme une addiction évolue constamment. De nouvelles substances telles que les neurostimulateurs sont venues s’ajouter à l’alcool, au tabac, aux drogues et aux médicaments, alors que les opiacés, longtemps au premier plan dans le dispositif d’aide et la politique des addictions, sont en recul ces dernières années. À côté de la problématique persistante liée à une consommation à risque d’alcool ou de tabac, il convient de s’intéresser aux nouvelles formes de dépendances non liées à des substances. La Stratégie nationale Addictions, qui a été lancée cette année, couvre tout l’éventail des dépendances et des addictions. Elle considère l’addiction comme un phénomène global soumis à des interactions d’ordres biologique, psychologique et socio-économique, et dépendant des nouvelles tendances de consommation et de comportements culturels. En association avec la stratégie MNT (1), elle a remplacé en 2017 les programmes nationaux consacrés à l’alcool, au tabagisme et aux drogues.

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Une bière après le travail, une pause cigarette, une barre chocolatée de temps en temps... Lire en chemin sur son Smartphone, courir cinq fois par semaine, passer une soirée au casino, trinquer à l’occasion d’un évènement… Plaisir, bénéfice, jeu ou rituel social, les comportements susceptibles de créer des dépendances appartiennent au quotidien. Mais certains ont plus de difficultés que d’autres à voir la frontière entre plaisir et comportements nocifs. Les comportements conduisant à la dépendance non seulement nuisent à l’individu et à son entourage mais coûtent cher à la société.

Les formes d’addictions et les habitudes de consommation varient constamment, et la société doit sans cesse reconsidérer la question. Tout débat socio-politique sur le sujet doit inclure des mesures favorisant le perfectionnement d’approches éprouvées dans le domaine de l’aide ainsi que des réflexions concernant des réglementations légales en matière de prévention. Ces réglementations doivent tenir compte de l’évolution de la société et créer le cadre d’une politique des addictions moderne. Les programmes de prévention en matière d’alcool et de tabagisme (PNA et PNT) ainsi que le programme de mesures en vue de réduire les problèmes de drogue (Pro- MeDro) s’étant terminés fin 2016, la Confédération a lancé la stratégie actuelle, en collaboration avec les acteurs impliqués jusqu’ici. Constituant un cadre de référence et d’orientation, celle-ci vise à relever, grâce à des mesures coordonnées, les défis que posent les « anciennes » et les « nouvelles » formes d’addictions dans une société marquée par la mondialisation et la numérisation.

Faute ou responsabilité conjointe ?

En Suisse, la majorité des personnes ne sont pas concernées par l’addiction ; elles sont abstinentes ou ont une attitude responsable vis-à-vis des différentes substances. Celles qui repoussent les limites du plaisir jusqu’à la dépendance ou à l’addiction s’exposent à de graves problèmes. Les dommages peuvent être dévastateurs sur les plans physique, psychique, financier et social. Les conséquences au niveau sociétal sont d’ordre socio-économique : baisse des performances au travail, fragilisation de la structure familiale et coûts de plusieurs milliards de francs générés par l’addiction de quelques-uns. Le fait que la société veuille ou doive agir dans ce domaine n’est donc pas uniquement un acte de solidarité. Car si le devoir d’assistance de l’État envers sa population est inscrit dans la loi, ce n’est pas ce devoir qui, à lui seul, incite l’État à agir : l’un des principaux objectifs de l’action de l’État doit être d’assurer la bonne santé de sa population, car c’est la base d’une stabilité sociale et d’un système social efficace.

La question de l’usage raisonnable visà- vis d’une substance ou d’un comportement va toujours de pair avec les notions de responsabilité et de droit à l’aide. Julia Wolf déclare dans son interview (p. 6 et 7) que chaque individu doit assumer sa part de responsabilité de sorte que sa consommation ne soit pas nocive et que sa santé soit préservée. Elle préconise une « responsabilité conjointe » de l’individu en tant que partie prenante de la société et de la société envers sa population. Pour mettre en oeuvre la stratégie, pour une politique des addictions prenant en compte la population dans son ensemble et pour une aide concrète et ciblée, il s’agit de chercher sans cesse l’équilibre entre « le renforcement de la responsabilité individuelle » et « le nécessaire soutien de certaines personnes à travers une offre d’aides à bas seuil ».

Un système d’aide issu d’une expertise riche, d’une longue expérience et d’une volonté d’innover

Au cours de ces dernières années, la Confédération, les cantons, les villes, les communes et les structures privées ont créé des offres destinées aux personnes souffrant d’une maladie liée à une dépendance. Le système d’aide est constitué d’un réseau d’offres différenciées, les prestations étant aussi variées que les maladies : offres résidentielles, sociothérapie fondée sur l’abstinence (en centreville ou chez une famille d’agriculteurs) ; centres de contact et d’accueil dans lesquels les personnes fortement dépendantes peuvent consommer les substances auxquelles elles sont habituées dans un environnement plus hygiénique et donc de manière moins dommageable ; logement assisté ; analyse des substances consommées (drugchecking) dans les lieux festifs ou dans des endroits spécifiques ; consultation en ligne touchant également des personnes n’ayant pas (encore) franchi le seuil d’un centre de consultation ambulatoire pour bénéficier d’un entretien personnalisé ; groupes d’entraide pour les personnes concernées ou leurs proches ; cliniques de jour spécialisées et services ambulatoires ; aides à l’intégration professionnelle offrant une structure d’accueil de jour ou constituant une étape vers un retour sur le marché de l’emploi classique ; traitements avec prescription d’héroïne ou remise de produits de substitution ; conseils pour arrêter de fumer ; interventions précoces dans les écoles ; cures de sevrage ambulatoires ou résidentielles ; groupes mobiles de proximité intervenant dans les lieux publics ; centres d’hébergement d’urgence… L’éventail est large et l’expérience est riche.

L’un des principaux objectifs de la stratégie est de développer les approches d’aide éprouvées. Au vu de la constante évolution des conditions générales, il est nécessaire d’innover et de remettre en question les structures créées au début de la mise en oeuvre du dispositif d’aide afin de les adapter aux exigences et aux possibilités actuelles. L’une des priorités est d’ancrer les connaissances spécifiques aux addictions dans la médecine de premier recours. Cela concerne non seulement les hôpitaux et les cabinets médicaux, mais également d’autres structures d’aide sociale comme les services sociaux, les offices régionaux de placement, les services d’aide et de soins à domicile, les maisons de retraite, les établissements scolaires ou les centres de formation. Les connaissances relatives aux personnes menacées d’addiction ou dépendantes sont requises partout où l’on a affaire à des individus, à leur histoire ou à leur quotidien. Le thème des addictions est transversal et pour que le dispositif d’aide soit efficace, la coopération entre les différents systèmes doit être activement recherchée et vécue, et doit s’appuyer sur les synergies. La coopération entre professionnels de différents domaines est ici très importante.

Priorité aux groupes cibles vulnérables

Les personnes se trouvant en situation de vulnérabilité doivent bénéficier d’une attention particulière. Il s’agit souvent d’individus déjà marginalisés pour d’autres raisons ou qui n’ont pas facilement accès aux informations ni aux offres de soutien : personnes souffrant de troubles mentaux, migrants traumatisés, détenus, enfants ou adolescents issus de familles socialement défavorisées. Il convient alors d’organiser un accès facile au dispositif d’aide qui soit adapté aux différents besoins. L’époque étant aux restrictions budgétaires, il importe d’engager le peu de moyens disponibles là où l’urgence est la plus grande.

Une attention particulière est réservée aux enfants et aux adolescents. Promouvoir l’efficacité personnelle et les compétences sociales déjà auprès des jeunes écoliers peut avoir un effet préventif. Les mesures multithématiques ayant pour objectif de renforcer les ressources sont complétées par des mesures spécifiques visant un usage responsable des substances psychoactives, et sont appliquées en vue d’une intervention précoce là où les problèmes sont susceptibles de se poser ou ont déjà été observés. Des dispositions de protection de la jeunesse viennent compléter ces approches pédagogiques. Là encore, la stratégie se concentre sur les acteurs concernés et les soutient dans l’application des dispositions de la loi au moyen d’instruments adaptés et de bases scientifiques.

La curiosité et le besoin de tester les limites sont propres à l’adolescence. À cet âge, les capacités à évaluer les risques et à se confronter à de nouvelles expériences sont des étapes importantes du développement. Les mesures de prévention doivent s’appliquer lorsqu’elles permettent à des jeunes gens de s’informer afin de prendre des décisions en connaissance de cause. Il est ici essentiel d’adapter le matériel de sensibilisation et d’information à de nouveaux canaux et d’utiliser les nouvelles technologies afin d’optimiser le dispositif d’aide et de prévention.

La Stratégie nationale Addictions (2017–2024)

Cette stratégie n’a pas pour ambition de tout révolutionner : elle s’appuie sur la politique des quatre piliers éprouvée depuis des années et crée un environnement favorable à son développement. Elle sert de cadre de référence et d’orientation aux acteurs engagés dans l’aide, et met l’accent sur la coordination et l’utilisation des synergies. L’offre n’est plus orientée uniquement en fonction d’une substance ou d’un comportement spécifique, mais adopte une approche globale pour considérer la personne dans son addiction, tout au long des différentes étapes de sa vie, des possibles situations de crise et du risque accru de développer une addiction. Les quatre piliers, déjà éprouvés, sont complétés par quatre champs d’action liés au pilotage décrivant des tâches transversales et servant au pilotage et à la coordination :

  1. promotion de la santé, prévention et intervention précoce ;
  2. thérapie et conseil ;
  3. réduction des risques et des dommages ;
  4. réglementation et exécution.

Les dépendances comportementales en ligne de mire¶

La Stratégie nationale Addictions accorde une attention particulière aux dépendances sans substance. Ce large éventail de comportements problématiques requiert une expertise et un transfert de connaissances entre les établissements spécialisés et les multiplicateurs. L’utilisation problématique d’Internet par les enfants et les adolescents et ses effets préjudiciables sur leur développement en sont un exemple ; les manifestations, nombreuses et variées, vont du cyberharcèlement aux jeux en ligne et jusqu’à la surconsommation de contenus pornographiques. La dysmorphie musculaire, la dépendance aux anabolisants, l’image corporelle perturbée, les troubles de l’alimentation sont autant de domaines d’addiction. La dépendance aux jeux d’argent au casino ou en ligne, qui peut conduire à un endettement à vie, est connue depuis longtemps et traitée à travers différentes offres. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, M. Renanto Poespodihardjo (voir interview) souhaiterait que l’on s’intéresse davantage à l’addiction aux achats, qui ne semble pas être considérée comme problématique par la population. Globalement, il est nécessaire que la Confédération fournisse beaucoup plus d’informations et d’éclaircissements dans le domaine des addictions comportementales.

La Confédération est également chargée de la coordination, de la recherche, des exemples de bonnes pratiques et des échanges internationaux

Autres éléments importants de cette stratégie : le travail de coordination de la Confédération, la mise à disposition d’informations factuelles et les exemples de bonnes pratiques que les cantons, les villes, les communes et les ONG peuvent utiliser à leurs fins. Tout le monde n’est pas tenu d’élaborer sa propre approche, et les cantons et les acteurs ne sont pas tous confrontés aux mêmes défis. Ceux-ci sont donc appelés à réfléchir ensemble à qui doit proposer quelles prestations à quel endroit et, en particulier, comment élaborer et coordonner des projets communs.

La politique nationale de santé ne peut, à elle seule, répondre à toutes les préoccupations de santé publique. La prise en compte d’autres domaines politiques pour aboutir à une politique de santé globale demeure donc indispensable. En matière de politique des addictions, la justice et la police sont déjà des partenaires importants dans le domaine de la réglementation et de l’exécution. Mais la plupart des évolutions dans le domaine des addictions ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Des échanges d’expériences avec les pays partenaires et la coopération dans l’élaboration et la mise en oeuvre d’accords internationaux demeurent importants.

(1) Stratégie nationale Prévention des maladies non transmissibles (MNT)

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Contact

Markus Jann, responsable de la section Bases politiques et exécution, markus.jann@bag.admin.ch

Mirjam Weber, responsable du projet Stratégie nationale Addictions, mirjam.weber@bag.admin.ch

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