21.02.2019 « De nombreux supérieurs n’ont aucune idée de ce qui ne va pas chez leurs collaborateurs »

Cinq questions à Stephanie Lauterburg Spori, psychologue du travail MAS et collaboratrice scientifique de l’Inspection fédérale du travail du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), où elle coordonnait notamment jusqu’à fin 2018 l’action prioritaire axée sur les risques psychosociaux.

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TODO CHRISTIAN

« Les entreprises doivent créer les conditions pour que des actions préventives puissent être menées en clarifi ant les tâches et responsabilités de chacun(e) et en formant les professionnels compétents », indique Stephanie Lauterburg Spori.

Quels sont les risques psychosociaux majeurs au travail ?

Il s’agit avant tout du stress, du mobbing et du harcèlement sexuel. De mauvais processus de travail, la pression des délais, un environnement de travail inadapté ou des relations sociales difficiles sont d’autres problématiques clés. Les conséquences possibles sont diverses : perte de motivation, troubles du sommeil, troubles musculosquelettiques, états anxieux, burn-out, dépression, maladies cardiovasculaires. Elles ne touchent pas seulement le collaborateur concerné, mais aussi ses collègues, qui doivent assumer des tâches supplémentaires, et, au final, toute l’organisation, car la personne n’est plus totalement performante et le risque d’accident augmente.

Qu’entreprend le SECO pour réduire ces risques ?

La loi sur le travail stipule que les employeurs doivent garantir la protection de la santé physique et psychique de leurs employés. La haute surveillance de cette obligation légale est de la responsabilité du SECO, tandis que son exécution est du ressort des services cantonaux d’inspection du travail. Face à la hausse constante des risques psychosociaux, le SECO s’est concentré sur le sujet de 2014 à 2018. En leur proposant des formations continues et un guide, le SECO a aidé les inspectrices et inspecteurs du travail à intégrer ces risques dans leur activité d’inspection. Des documents d’information sur la prévention des risques psychosociaux ont été mis à la disposition des entreprises. De plus, le SECO a participé à des manifestations afin d’attirer l’attention des cadres dirigeants et des experts de la sécurité au travail et de la protection de la santé sur le sujet.

Il a été demandé aux inspecteurs d’aborder de manière systématique les risques psychosociaux lors de leurs visites et de sensibiliser les entreprises à la responsabilité qu’elles doivent assumer en la matière. L’important est que l’établissement dispose d’un système qui puisse garantir la sécurité au travail et la protection de la santé. Existe-t-il des principes directeurs dans ce domaine ? Communique-t-on de manière ouverte sur le sujet entre dirigeants et collaborateurs, quels sont les éléments qui pèsent et qui énervent – dans les deux sens ?

Comment les entreprises peuvent-elles protéger efficacement leurs collaboratrices et collaborateurs ?

Identifier suffisamment tôt les points stressants est essentiel. Dans les petites entreprises, une réunion hebdomadaire pendant laquelle chacun(e) peut dire ce qui le/la préoccupe peut suffire. Si ce n’est pas le cas ou si l’entreprise est trop grande pour un échange direct, il est possible de recenser les contraintes psychiques par le biais d’observations ou d’enquêtes. Des instruments ont fait leur preuve en la matière. Il peut alors être pertinent d’avoir recours à un expert pour déterminer les processus et les conditions-cadres problématiques et mettre en place des améliorations.

Les entreprises doivent créer les conditions pour que des actions préventives puissent être menées en clarifiant les tâches et responsabilités de chacun(e) et en formant les professionnels compétents. Il leur faut définir les bonnes pratiques, établir quelles seront les conséquences en cas de non-respect de celles-ci et informer le personnel de ces décisions. L’important est aussi que les entreprises déterminent les éléments pesants et prennent des mesures pour les contrer – en concertation avec les collaborateurs. Si les collaborateurs d’un service font de nombreuses heures supplémentaires pendant une période prolongée, p. ex., les responsables doivent se pencher sur la situation. Pourquoi les heures supplémentaires s’accumulent-elles ? Qu’est-ce qui contribuerait à améliorer la situation ?

Les cadres dirigeants ont-ils conscience de leur responsabilité ?

Pas toujours. Parfois, ils ne savent pas que les causes du stress et d’autres risques psychosociaux résident dans un environnement de travail défavorable. Un rythme de travail élevé, la pression des délais, une absence de soutien de la part de son chef ou un manque d’estime peuvent notamment être sources de stress. Outre une charge de travail élevée ou le surmenage, d’autres facteurs compliquent le travail : l’absence d’informations, des outils de travail inappropriés, des interfaces confuses, l’absence de marge de manœuvre. De nombreux supérieurs hiérarchiques n’ont aucune idée de ce qui ne va pas chez leurs collaborateurs. Il faut que les cadres dirigeants et leurs subordonnés communiquent de manière ouverte et transparente. On doit pouvoir parler des problèmes sans devoir s’attendre à des conséquences négatives.

Quel bilan tirez-vous à l’issue de l’action prioritaire fin 2018 ?

Certains résultats sont encourageants. L’évaluation menée confirme que les visites d’inspection entraînent des changements dans les entreprises. Elles ont des répercussions positives sur la gestion de la sécurité au travail et la protection de la santé au sein de l’entreprise ainsi que sur la volonté de prévenir les risques psychosociaux. Nous avons toutefois constaté que les supérieurs hiérarchiques ont tendance à voir les risques psychosociaux comme des problèmes individuels. L’environnement de travail, qui peut être à l’origine du problème, ne semble jouer qu’un rôle marginal. Aussi l’intervention de l’entreprise se résume-t-elle souvent à des mesures de soutien volontaires et à une gestion plus ou moins informelle des cas problématiques. 

Contact

Stephanie Lauterburg Spori, collaboratrice scientifique, Inspection fédérale du travail,

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