07.05.2019 « Une certaine italianité prédomine dans notre service »

Cinq questions à Mauro Bernasconi, co-directeur du service méditerranéen au centre de soins Erlenhof à Zurich. Dans ce service, les résidant d’origine méditerranéenne sont pris en charge par des collaborateurs qui parlent leur langue et connaissent leur mode de vie. Avec l’ouverture d’un service méditerranéen, le centre desoins Erlenhof a joué un rôle de pionnier en Suisse.

Photos « Une certaine italianité prédomine dans notre service »

TODO CHRISTIAN

Bon nombre d’Italiennes et d’Italiens sont venus s’installer en Suisse il y a des décennies, et y ont vieilli. Ils devraient se sentir à l’aise en EMS aussi.

1 Pourquoi un service méditerranéen au centre de soins Erlenhof ?

Nous sommes situés en plein cœur du 4e arrondissement, un quartier historiquement peuplé d’étrangers où vivent de nombreuses personnes d’origine italienne, espagnole ou portugaise depuis les années 1950. Les personnes de la première génération ont travaillé ici pendant plusieurs décennies. Ils y ont fondé une famille, leurs enfants et petits-enfants sont ici. C’est pourquoi bon nombre d’entre eux ne veulent pas retourner dans leur pays d’origine et souhaitent aussi vieillir en Suisse. Lorsque nous avons accueilli les premières personnes issues de l’immigration dans notre centre de soins, elles préféraient p. ex. regarder des programmes télévisés en italien, ce qui entraînait des irritations et des conflits avec les résidents suisses. Leurs habitudes alimentaires sont aussi différentes. Les Italiens préfèrent les pâtes au birchermüsli. Il y a 12 ans, le centre de soins Erlenhof a donc décidé de créer un nouveau service.

2 En quoi le service méditerranéen diffère-t-il des autres services ?

Tous les membres du personnel du service parlent italien ou espagnol – et les origines socio-culturelles et parcours des résidants leur sont familiers. L’équipe soignante parle non seulement leur langue, mais comprend aussi leur gestuelle. Les personnes qui ont cultivé l’art de vivre méditerranéen en Suisse peuvent ainsi continuer, dans la mesure du possible, à en faire autant. Cela ne concerne pas uniquement la nourriture ou la langue. Il y a aussi des aspects sociaux. Notre étage possède une sorte de piazza où les résidents peuvent s’assoir et discuter. Ils se retirent moins dans leur chambre et participent davantage à la vie commune. Ils sont ouverts et chaleureux.

3 Quels sont les aspects particulièrement importants pour les résidents du service méditerranéen ?

Une certaine « italianité » prédomine dans notre service. Nous y avons créé une sorte de microcosme dans lequel les résidents peuvent autant que possible continuer à mener leur vie comme ils l’ont toujours fait. Nous répondons le plus possible à leurs souhaits pour leur permettre de mener une vie en adéquation avec leur nouveau contexte.

4 Quels sont les principaux défis à relever selon vous ?

D’une part, le recrutement du personnel soignant : il est très difficile de trouver des collaborateurs qui ont des compétences spécialisées et s’intéressent aux soins de longue durée. Le travail dans un centre de soins est difficile. Un nombre croissant de résidents sont polymorbides. À ces diverses maladies vient souvent s’ajouter une démence. Offrir des soins de qualité à ces personnes est une tâche extrêmement complexe – et le sera de plus en plus. Mais notre service a aussi besoin de personnes avec les connaissances linguistiques nécessaires. Avoir suivi un cours de langue pendant deux mois n’est généralement pas suffisant.

D’autre part, nous sommes confrontés à une grande évolution des besoins des résidents. Les personnes de la première génération ont travaillé dur et beaucoup pour gagner peu. Ils vivent aujourd’hui de l’AVS et de prestations complémentaires. Ils mènent une vie très modeste. La prochaine génération aura des exigences totalement différentes envers l’institution et p. ex. besoin d’une connexion individuelle à Internet dans les chambres. L’évolution démographique nous confronte aussi à l’arrivée au centre de soins de personnes originaires d’autres régions comme l’ex-Yougoslavie ou le Sri Lanka. Nous ne pourrions bien sûr pas proposer un service particulier pour chaque groupe de personnes issues de l’immigration. Mais ce que nous vivons dans le service méditerranéen vaut en principe aussi pour les soins transculturels d’une manière générale : face à l’hétérogénéité croissante des groupes, il faut d’autant plus être en alerte et faire preuve d’une grande attention et d’une grande sensibilité. Dans le cadre d’une approche de soin axée sur la personne, nous devons tenter de prêter attention aux particularités de chaque résident pour lui permettre notamment de conserver sa religion et ses habitudes de vie.

5 Selon vous, comment évoluera la prise en charge de la population migrante âgée en Suisse ?

Je pense que les compétences transculturelles seront toujours plus importantes à l’avenir. Que ce soit dans les EMS ou au sein des organisations de soins et d’aide à domicile, il nous sera demandé de veiller à la dignité des personnes qui nous sont confiées et de respecter leur mode de vie. Il est donc important que les jeunes professionnels réfléchissent aussi aux soins de la population migrante dès leur formation. Ils doivent être sensibilisés pour être en mesure de bien aborder différents groupes. Il leur faut apprendre comment préserver la sphère privée d’une personne même si on ne peut se faire comprendre d’elle parce qu’on ne parle pas sa langue. En dépit des barrières linguistiques, les soignants doivent trouver des moyens d’aider et de soutenir les personnes qui leur sont confiées grâce à leurs compétences spécialisées. Il est essentiel d’intégrer les proches dans cette démarche. Cela peut être complexe, mais les proches peuvent aider pour autre chose que des traductions. Ils connaissent très bien les habitudes, les préférences et les besoins des résidents et peuvent aider les soignants par leur expérience.

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Contact

Mauro Bernasconi
co-directeur de service, centre de soins Erlenhof de Zurich

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