26.02.2020 Améliorer la médication en EMS

La grande majorité des personnes âgées prises en charge dans les services de soins de longue durée prend trop de médicaments, ce qui entraîne aussi des hospitalisations. Des mesures sont actuellement testées pour réduire le nombre de médicaments inappropriés pris par les résidents des EMS dans le cadre du programme « La sécurité de la médication en EMS » financé par l’OFSP.

Les résidents des EMS prennent 9,3 médicaments par jour en moyenne – avec des conséquences en partie inattendues.

Photos Améliorer la médication en EMS

TODO CHRISTIAN

Les résidents des EMS prennent 9,3 médicaments par jour en moyenne – avec des conséquences en partie inattendues.

En Suisse, plus de 100 000 personnes âgées sont prises en charge au sein d’environ 1600 établissements médico-sociaux (EMS). Le risque que ces individus reçoivent des médicaments inappropriés et souffrent alors d’effets secondaires est particulièrement important, pour deux raisons. Premièrement, les personnes âgées ont un métabolisme plus lent que celui des personnes en âge d’exercer une activité lucrative. C’est pourquoi elles dégradent moins rapidement les médicaments, qui agissent ainsi plus longtemps. Deuxièmement, beaucoup de résidents des EMS présentent plusieurs maladies à la fois qui sont toutes traitées par des médicaments. Les résidents des EMS prennent 9,3 médicaments par jour en moyenne, soit approximativement 4 médicaments de plus que la population générale de plus de 65 ans (5,6 médicaments par jour).

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que près de quatre résidents sur cinq prennent au moins un médicament potentiellement inapproprié – du fait de son profil d’effets secondaires et des interactions possibles avec d’autres médicaments. Ces médications potentiellement inappropriées (MPI) sont souvent à l’origine de problèmes qui peuvent entraîner un transfert à l’hôpital. On estime pourtant que 60 % de ces événements indésirables pourraient être évités, car ils résultent d’erreurs lors de la prescription et de la surveillance du traitement.

La fondation Sécurité des patients a lancé en 2016 le programme pilote « progress ! La sécurité de la médication en EMS » dans le but de réduire le nombre d’erreurs de ce type. Le projet de base, qui vient de se terminer, a permis d’acquérir une vue d’ensemble de la manière dont se déroulent les procédures pour contrôler la liste des médicaments prescrits et les effets secondaires. L’enquête en ligne menée pendant cette première phase auprès de 420 EMS a montré que l’organisation de ces vérifications varie beaucoup d’un établissement à l’autre et que l’amélioration de la sécurité des patients ne passera donc pas par des mesures nationales, mais par la définition d’actions spécifiques.

Des contrôles réguliers
Dans 70 % des EMS, le personnel soignant essaye de réduire l’emploi de médicaments psychotropes en ayant recours aux médecines alternatives et à d’autres mesures. Alors même qu’il s’agit de MPI, les prescriptions de ces médicaments et, en particulier, de neuroleptiques et de benzodiazépines (Valium, par exemple) sont fréquentes en raison de la constante augmentation du nombre de personnes atteintes de démence. De plus, l’enquête a révélé que lorsque la situation générale d’un résident évolue, on ne vérifie pas suffisamment régulièrement ni de manière assez systématique si tous les médicaments prescrits restent utiles. Le rapport final sur le projet de base souligne en outre que la collaboration interprofessionnelle doit aussi être encouragée.

Sabine Felber, responsable du département Soins et accompagnement des centres pour personnes âgées Emmen AG, confirme qu’il existe une grande hétérogénéité entre les différents centres de soins de longue durée. « Nous comptons 302 résidents et faisons figure d’exception dans ce secteur du fait de notre taille. » Madame Felber indique avoir longtemps collaboré avec différents cabinets médicaux avant d’embaucher en 2018 un gériatre en tant que médecin du centre afin de limiter l’important travail de coordination lié au grand nombre de médecins impliqués. « Avec le médecin du centre, nous pouvons désormais optimiser en permanence nos processus. Nous avons par exemple rédigé des directives qui décrivent notamment ce qu’il faut faire lorsque l’état d’un résident se dégrade. Ces directives donnent une orientation et de l’assurance à l’équipe soignante », souligne Madame Felber.

Projet d’approfondissement
Le projet d’approfondissement du programme « Sécurité de la médication en EMS » a également pour objectif d’établir des directives ou des exigences minimales à respecter dans le cadre de la collaboration des différents groupes professionnels. Sur la base des résultats de l’enquête, la fondation Sécurité des patients a défini cinq normes de qualité qui impliquent notamment un contrôle structuré du traitement médicamenteux au moins deux fois par an. Il faut également que toutes les personnes qui exercent une profession médicale œuvrent pour instaurer une collaboration optimale tout en impliquant le plus possible les résidents et leurs proches dans le traitement. La fondation Sécurité des patients recrute actuellement cinq EMS pilotes dans le canton de Zurich et cinq autres dans le canton du Valais afin de vérifier, entre le printemps et l’automne 2020, si les normes de qualité du programme peuvent s’intégrer dans la prise en charge quotidienne.

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Carlo Tschudi
section Qualité et processus

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