26.02.2020 Assurer l’efficacité des antibiotiques dans le futur

En raison d’un emploi excessif et inapproprié d’antibiotiques, de plus en plus de bactéries développent des résistances – ce qui empêche de traiter désormais certaines infections par ces médicaments. La stratégie nationale Antibiorésistance (StAR) prévoit toutefois une série de mesures qui visent à préserver l’efficacité à long terme de ces médicaments qui sauvent des vies.

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TODO CHRISTIAN

Comptant parmi les principales avancées médicales, les antibiotiques ont déjà sauvé près de 100 millions de personnes depuis leur apparition dans la médecine moderne au cours des années 1940. Ces médicaments permettent non seulement de traiter avec succès les septicémies ou les pneumonies, par exemple, mais aussi de protéger les individus dont le système immunitaire est affaibli par une maladie chronique ou une chimiothérapie. Les antibiotiques garantissent en outre des interventions chirurgicales sûres.

Cependant, l’efficacité de cette arme déjà ancienne, mais prodigieuse risque de s’émousser face à l’usage excessif et inapproprié qui en est fait : les antibiothérapies ne permettent plus de tuer un nombre croissant de bactéries, car celles-ci développent des résistances. Et les multirésistances compliquent encore la situation, puisque de plus en plus de bactéries deviennent résistantes non pas à une seule, mais à plusieurs classes d’antibiotiques en même temps. La mondialisation entraîne en plus une propagation progressive des résistances à l’échelle internationale.

Un constat s’est donc imposé en Suisse dès 2015 : les efforts déployés pour lutter contre les résistances aux antibiotiques doivent être renforcés et mutualisés afin de préserver l’efficacité de ces médicaments chez l’être humain et l’animal à long terme. C’est pourquoi le Conseil fédéral a adopté la stratégie nationale contre la résistance aux antibiotiques (StAR), qui met en lumière un besoin d’actions dans huit domaines différents, de la phase de recherche et développement jusqu’à la lutte contre les infections par des bactéries résistantes, en passant par la surveillance et la prévention.

Cette stratégie implique également des efforts dans le domaine de la médecine humaine, avec un emploi adéquat, mais aussi plus limité de cette classe de médicaments dans les hôpitaux et les cabinets médicaux. À cette fin, Swissnoso, Centre national de prévention des infections, mène trois projets complémentaires en collaboration avec la Société suisse d’infectiologie et la Société suisse de microbiologie.

Directives relatives à la prescription
Le projet « Directives relatives à la prescription » consiste en une revue de la littérature sur l’emploi de substances antimicrobiennes par des groupes d’experts dans le but de formuler, sur cette base, des consignes et recommandations qui sont publiées en ligne (ssi.guidelines.ch). Des directives nationales sont déjà disponibles en allemand et en français pour douze tableaux cliniques différents tels que les infections des voies urinaires, les otites moyennes ou la syphilis. D’autres directives sont complétées en permanence.

Une enquête menée en 2017 auprès de 134 hôpitaux dans le cadre du projet « Programmes pour une utilisation rationnelle des antibiotiques » (Stewardship) démontre que beaucoup d’établissements ne mettent pas en œuvre bon nombre d’activités en faveur d’une utilisation rationnelle des antibiotiques, dont un contrôle systématique des prescriptions de substances antimicrobiennes. Selon cette étude, les hôpitaux universitaires s’en sortent généralement mieux, alors que les hôpitaux privés arrivent en bas du classement. Une comparaison internationale révèle néanmoins qu’un retard doit globalement être rattrapé dans toute la Suisse : alors que 56 % des hôpitaux du monde appliquent des programmes d’utilisation rationnelle, seuls 29 % des hôpitaux suisses le font. Un groupe de travail élabore actuellement différents outils et modules pour améliorer l’utilisation des antibiotiques dans les hôpitaux à l’échelle nationale.

Multirésistances
Le troisième projet, intitulé « Prévention et contrôle de bactéries multirésistantes », vise à formuler des recommandations nationales pour lutter contre les épidémies de bactéries multirésistantes à l’hôpital et prévenir leur apparition. Ces recommandations comprennent une partie générale qui décrit la procédure progressive à systématiquement appliquer face à une épidémie ainsi que les responsabilités des différents professionnels impliqués. La partie spécifique aborde les différents agents pathogènes multirésistants. Des mesures sont par exemple définies pour identifier les patients porteurs de bactéries multirésistantes comme les entérocoques résistants à la vancomycine (ERV) ou les souches de staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM). Pour éviter d’emblée la propagation de ces germes, le risque – qui dépend notamment des séjours à l’étranger – doit être évalué dès l’admission à l’hôpital.

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Corinne Corradi
section Stratégies, principes et programmes

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